L’agence de voyage Explora Project pour un tourisme engagé

Publié le Thursday, December 9, 2021 et réalisé par Julie Huguet

Interview de Alix Gauthier, Fondatrice de Explora Project

Julie Huguet : Alix Gauthier, tu connais bien le secteur du tourisme. Tu as cofondé Copine de voyage, puis Explora Project avec l’ambition de faire bouger les lignes, de sortir de ce tourisme dont on ne peut plus accepter les conséquences. 

Peux-tu nous dire quel a été ton déclic ?  

 

Alix Gauthier  : D’abord, la passion pour le voyage. Et puis aussi le fait que je ne trouvais pas la façon de voyager qui correspondait alors aux différentes phases de ma vie. 

Dans la première phase, c’était de pouvoir partir même si mes copines n’étaient pas disponibles. Le concept copine de voyage était vraiment de pouvoir trouver des pairs avec qui voyager.  

Et dans une deuxième phase de ma vie, l’envie de voyages, d’aventure, de nature et donc de rejoindre Explora Project, qui milite pour un tourisme d’aventure plus durable. 

 

Julie Huguet : Aujourd’hui, quel est le risque si on ne transforme pas l’industrie du voyage?  

 

Alix Gauthier : Il y a deux enjeux. Tous secteurs confondus, les consommateurs sont de plus en plus exigeants. Et on le voit particulièrement dans le tourisme parce que l’on peut réserver son voyage en un clic sur n’importe quel site. Cela oblige les agences de voyages à se poser la question de leur fond d’expertise. On est obligé de réinventer notre valeur ajoutée en tant qu’agence. 

Le deuxième sujet concerne aussi tous les secteurs : les consommateurs attendent que l’entreprise apporte autre chose que simplement la vente d’un bien ou d’un service. On attend d’elle qu’elle contribue aux enjeux sociétaux et environnementaux. Il en va de leur pérennité, pour toujours exister dans dix ans. 

 

Julie Huguet : Par rapport à cela, comment as-tu conçu Explora Project ? 

 

Alix Gauthier : Explora Project est une agence de voyage d’aventure durable. On propose des séjours partout en France et en Europe sur des formats de 2 à 20 jours pour des petits groupes de 4 à 8 participants et on travaille sur des disciplines sportives avec des guides professionnels. Par exemple, on propose de l’initiation au bivouac dans les Alpes, la chasse aux aurores boréales en Laponie, une initiation à la Via Ferrata dans les Dolomites en Italie.  

L’objectif est toujours que les gens puissent découvrir le voyage d’aventure ou la nature, quelle que soit leur niveau sportif.  

Et on cherche à le faire en minimisant notre impact carbone.  

La première brique, c’est la mesure de l’impact : on a la capacité de quantifier l’impact carbone précis de chaque participant de chaque expédition. 

La deuxième brique, c’est forcément la réduction. Qu’est-ce qu’on peut faire pour s’améliorer ? 

Et la troisième brique, c’est la compensation et le fait de faire changer les mentalités.  

Julie Huguet : Quels sont tes prochains challenges ?  

 

Alix Gauthier : Explora Project est né en 2019. Paradoxalement, en 2020, on a été boosté par le Covid. Beaucoup de gens confinés dans des milieux urbains, à la sortie des confinements, ont eu besoin de se reconnecter à la nature. Aujourd’hui, l’idée, c’est de toucher de plus en plus de gens, de porter aussi notre vision du tourisme durable. 

C’est une vision qui n’est pas dans l’extrême. On ne prône pas forcément l’extrémisme de la micro-aventure à 2 h de son logement, mais on sensibilise sur les impacts carbone très importants du tourisme. Par exemple, on ne propose pas de voyages long-courriers parce qu’on estime que l’empreinte carbone est trop importante. L’idée est de trouver un compromis acceptable pour que les gens puissent quand même découvrir des pays sans se sentir limités.  

 

Julie Huguet : Et pourquoi penses-tu que cette vision est encore contestée dans la profession ?  

 

Alix Gauthier : Il y a plusieurs choses. Il y a le fait que c’est plus facile de continuer à faire son métier plutôt que de prendre le risque de le changer. A la sortie de confinement, il y a eu aussi, paradoxalement, une vague de gens qui voulaient surconsommer. Et puis ce nouveau tourisme sans long-courrier, il faut réussir à trouver son business model, sa rentabilité, son positionnement.  

 

Julie Huguet : Oui, évidemment, c’est plus facile de créer que de transformer une activité. Quels sont aujourd’hui vos enjeux, vos attentes ?  

 

Alix Gauthier : On a envie de diffuser ce modèle au plus grand nombre. Faire en sorte que ce modèle de voyage d’aventure soit accessible financièrement mais aussi accessible à des gens qui ne sont pas forcément très sportifs et se disent « dormir cinq nuits sous la tente en plein hiver, ce n’est peut-être pas mon truc ».  

Du coup, on cherche à se développer d’abord sur le marché français et puis ensuite diffuser ce modèle de voyage à l’échelle européenne, donc faire voyager des Européens au sein de l’espace européen.  

 

Julie Huguet : Dans un ou trois ans, qu’est ce qui prouverait que tu as réussi ce pari et que les mentalités ont changé ? 

 

Alix Gauthier : Tous secteurs confondus, il faudrait que quelqu’un qui fait un choix de consommation soit capable de dire pourquoi il le fait dans un cadre carbone responsable. Si on a les clés de compréhension de notre consommation carbone au quotidien, on ira déjà dans la bonne direction. 

Les accords de Paris fixent à deux degrés max le réchauffement climatique. Pour atteindre cela, il faut que tous les Français réussissent à passer de quinze tonnes de carbone par an à deux. Le changement est énorme. On en est loin, et si on pose la question, la majorité des Français ne savent pas comment réduire leurs quinze tonnes… Parfois, il y a des petits gestes qui ont un impact énorme et donc, tout l’enjeu, c’est de donner des clés de compréhension pour que, justement, le changement soit acceptable et se fasse par petits pas. 

 

Julie Huguet : Et vous, avec Explora, comment accompagnez-vous vos clients sur ce point ?  

 

Alix Gauthier : Quand on part avec Explora, on connait le bilan carbone de l’expédition. Et après, sur place, nos guides explorateurs sont formés pour qu’ils puissent transmettre ce message et échanger sur ces sujets avec les participants. 

On est forcément dans des milieux naturels, qui sont en général touchés par la présence humaine. Par exemple, quand on est sur nos expéditions d’alpinisme, la fonte des glaciers est évidente. Elle se voit à l’œil nu et les guides ont une vraie capacité à constater le changement, à l’expliquer, mais aussi à dire « voilà ce qu’on peut faire demain au quotidien de nos vies, tous les jours, pour limiter ce qu’on est en train de constater aujourd’hui sur le terrain ». 

Julie Huguet

Julie Huguet est entrepreneure et présidente d’une capitale French Tech. Passionnée de tous les sujets liés à la transformation, l’innovation ou plus généralement à la tech.