Vers un usage plus responsable de la data ?

Publié le Monday, November 29, 2021 et

Interview de David Bessot, co-fondateur Infhotep

Julie Huguet : Avec David Bessot, on va parler d’un sujet incontournable, qu’on connait tous mais qu’on ne sait pas forcément bien géré, la data. Pourquoi, il y a 20 ans, as-tu décidé de lancer une entreprise spécialisée dans la data ?  C’était assez précurseur !

David Bessot : Un peu, c’était avant Facebook ! Pendant 20 ans, on a informatisé, dématérialisé, on a créé pleins d’applications, les systèmes d’information sont devenus très complexes. Aujourd’hui, on se rend compte que ce qui est le plus important, c’est toute la donnée qu’on produit et l’usage qu’on en fait.

 

Julie Huguet : Et pourquoi as-tu voulu te lancer dans la data ? Quel a été ton déclic ?

David Bessot : Le déclic, c’est l’envie d’être maître de ses choix. On voulait pouvoir apporter une approche globale, ne pas être uniquement dans la recherche technologique, mais être aussi dans la réflexion sur la propriété de la donnée, sur l’impact de la donnée sur l’individu, l’impact de la donnée sur les organisations, puis l’impact de la donnée sur la planète.

 

Julie Huguet : Tu parles d’impact. Quel est le risque aujourd’hui si on gère mal ses data ?

David Bessot : Quand on regarde la façon dont est géré le patrimoine de données, on se rend compte que beaucoup de décisions prises ont un impact plus tard. Ce que l’on veut apporter, c’est d’être un peu comme des médecins chinois, c’est à dire d’intégrer la propriété et la gestion de la donnée en amont de la chaîne de valeur pour justement éviter de se retrouver en aval avec des problèmes à gérer.

 

Julie Huguet : Est-ce que tu peux nous préciser ce que fait Infhotep ? Sur quoi agis-tu ? Comment accompagnes-tu tes clients ?

David Bessot : Notre ambition est d’éveiller les consciences. On veut que les gens prennent conscience que gérer un patrimoine de données n’est pas qu’un sujet technique mais aussi un sujet juridique, un sujet de conformité, un sujet de sécurité, un sujet de culture. Et pour cela, on a une activité de conseil, qui est l’activité historique d’Infhotep, et une activité d’édition de logiciel, Adequacy, qui est une solution de gestion de la conformité sur ce patrimoine de données. Ce qui est intéressant, c’est qu’avec le conseil, on apporte vraiment un accompagnement du comité de direction sur la gestion du patrimoine numérique et de la donnée. Et avec notre solution Adequacy, on peut mettre en oeuvre la conformité, on peut s’assurer finalement que les décisions sont prises en responsabilité, soit au travers de référentiels autour de la donnée à caractère personnel, le fameux RGPD, soit autour des référentiels de sécurité de souveraineté, soit autour de référentiels écologiques parce qu’il faut calculer l’empreinte carbone du numérique sur l’organisation. Et on est donc capable d’apporter une réponse globale autour du sujet de la donnée.

Julie Huguet : Tu as aussi une association…

David Bessot : On a monté avec deux professionnels du secteur de la donnée, l’association Privacy Tech qui vise à réfléchir et à proposer des solutions autour des libertés à l’ère du numérique et de la donnée. On a notamment un programme, Junior Privacy, qui vise à sensibiliser les dix – quatorze ans sur le sujet des données personnelles. Dans les 20 prochaines années, tout le monde aura une culture data, un peu comme on a tous acquis une culture numérique aujourd’hui. Le problème, c’est que pendant 20 ans, il va se passer ce qui s’est déjà passé pendant 20 ans. Nous subissons des modèles de sociétés américaines ou asiatiques qui ne sont pas toujours respectueux des citoyens européens. Et notre ambition, c’est justement d’éveiller les consciences des citoyens européens sur ce sujet-là. Et on veut donner aux jeunes, aux dix-quatorze ans, une culture numérique, une culture de la privacy pour que quand ils iront sur TikTok, sur Instagram ou ailleurs, ils aient une toute petite réflexion sur ces sujets-là. Il y a d’ailleurs un compte Junior Privacy sur Instagram, pour être là où ils sont. On monte aussi un partenariat avec l’Université de Paris 8, dont l’objectif est de travailler sur l’impact et la perception du droit sur les plateformes numériques pour les jeunes. Et puis on fait aussi des « Vis ma vie », on accueille des stagiaires de troisième pour devenir chief data officer au sein de nos bureaux. On intervient dans les écoles. Finalement, on a pas mal d’activités pour éveiller les consciences, le but étant d’avoir un rôle un peu sociétal de notre entreprise et d’apporter autre chose à nos clients et à nos salariés.

 

Julie Huguet : C’est un très beau programme. Il y a un sujet qui revient assez souvent dans les entreprises, c’est la data responsable. C’est quoi finalement, la data responsable ?

David Bessot : C’est compliqué parce qu’on a tous une responsabilité. Chacun de nous, si on regarde nos téléphones, on a beaucoup de data et on peut imaginer qu’on ne les gère pas de manière très responsable. Je crois qu’il ne faut pas culpabiliser. Il faut juste se dire qu’on doit agir en conscience. Le message principal de la data responsable pour les entreprises, c’est qu’il faut connaître les impacts, c’est à dire ne pas être dans les dogmes technologique, dans les dogmes juridiques ou dans le dogme de l’usage, et essayer de trouver le juste milieu pour construire une politique dans la gestion de ces données qui soit cohérente avec son alignement stratégique, ses engagements juridiques et sa performance économique.

 

Julie Huguet : Dernière question : dans un monde idéal, dans un an, les entreprises ont vraiment évolué sur le sujet de la data et du coup, elles en sont arrivées à quel point ?

David Bessot : Les gens prennent des décisions en ayant une vision globale sur le sujet de la donnée, en arrêtant d’être uniquement manipulés par le choix technologique ou le choix de la conformité ou le choix de la valeur. Une vision qui est alignée avec la vision de l’entreprise et de son business parce qu’on n’a pas les mêmes besoins quand on est une entreprise du CAC ou quand on est une collectivité territoriale. Pour autant, on peut tous se construire un chemin sur la donnée et je serai content si on a apporté notre petite pierre à l’édifice auprès des comités de direction en France et en Europe.

Retrouvez David Bessot sur LinkedIn.

Julie Huguet

Julie Huguet est entrepreneure et présidente d’une capitale French Tech. Passionnée de tous les sujets liés à la transformation, l’innovation ou plus généralement à la tech.