Les conditions de réussite d’un cloud souverain

Publié le Thursday, February 3, 2022 et Animé par PPC

Meet up – Les conditions de succès d’un cloud souverrain

Cela fait plusieurs années que l’on en entend parler du cloud souverain. Dans les années 2010, il y a eu le projet Cloudwatt d’Orange et de Thalès. Aujourd’hui, le projet Gaïa-X veut embarquer les plus gros acteurs européens, mais suscite beaucoup de débats dans l’écosystème français des start-up, des PME et des ETI du secteur.

Alors, faut-il travailler et partager avec les GAFAM ? Le cloud de confiance s’oppose-t-il au cloud souverain ? Comment fédérer tous les acteurs de la French Tech ?

Pour faire le point sur ce thème d’actualité e pleine période d’élection présidentielle, le Meet-Up des Change makers a réuni quatre experts du sujet :

  • Sophie Proust, CTO d’Atos,
  • Olivier Beaudet, directeur général de Claranet France,
  • Valérie Chavanne, Avocate au barreau de Paris spécialisée sur les sujets tech, fondatrice de LegalUp Consulting.
  • Didier Girard, co-fondateur de SFEIR, entreprise de conseil technologique et partenaire du réseau Inop’s-Freelance.com

Retrouvez le replay de notre troisième Meet-Up

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Chacun a pu apporter sa vision :

Pour Valérie Chavanne, « le succès du cloud souverain passera inévitablement par et pour l’Europe, par une conciliation entre des aspirations politiques sur le long terme et des impératifs économiques et technologiques sur le plus court terme. »

Pour moi, les enjeux sont donc très, très larges. Mais je pense qu’avant de parler des enjeux, il faudrait revenir sur la sémantique. La souveraineté, de quoi parle-t on? Il y a eu de grands débats et on a vu qu’on a switché de la stratégie numérique à la souveraineté numérique. C’est bien, mais il faut trouver notre terrain de jeu. J’ai récemment eu comme une lumière en lisant un excellent rapport qui a été publié par Renaissance numérique, qui qui parlait de souveraineté technologique plutôt que de souveraineté numérique. La technologie est un ingrédient du numérique. »

 

Sophie Proust : « le cloud souverain, c’est le contrôle : il me donne mon indépendance technique et juridique avec la maîtrise de mon infrastructure, de ses opérations et le contrôle de mes données. Pour tous les business, pour toutes les entreprises, le besoin de contrôle n’est pas le même et en plus, ça dépend beaucoup des données, mais aussi des applications. Une entreprise ne va pas vouloir faire tourner toutes ses applications dans un cloud souverain. Donc, il y a cette notion de « finalement, qu’est ce qui est important pour moi de maîtriser et à quel niveau je vais le faire? ». Ce niveau de contrôle est important parce que ce n’est pas tout blanc, tout noir. Et c’est là aussi où est la difficulté. Et c’est là où la maturité des entreprises doit grandir.

Parce qu’aujourd’hui, pour se protéger, c’est plus simple de dire non, mais ça peut être un peu plus complexe que ça : on peut gérer ça en hybridation pour offrir un niveau de service différentes. Pour certaines tâches, le cloud public, c’est formidable parce qu’il y a plein de services possibles.

Après, on peut avoir besoin d’un niveau de contrôle supplémentaire. Et donc là, sur un cloud public, on va rajouter dans les services de confiance, par exemple, des services d’identité et d’accès, des services de cryptage de l’information, des services de monitoring de la sécurité.

 

Olivier Beaudet, directeur général de Claranet de France : « cloud ou souverain. Il faut choisir. Quand on parle de cloud souverain, on recherche un niveau de confiance supérieur à ce qui ne serait pas souverain, dont par définition on n’a pas la maîtrise, dont on ne sait pas comment ça marche, par qui s’est piloté. Dans la promesse du cloud, il y a de façon assez implicite la notion d’abstraction complète du sous jacent technique, c’est à dire je ne sais pas où est mon data center, je ne sais pas quelles technologies sont utilisées, je le consomme « as a service », et je vais déployer mes applications, mes données sur un cloud de façon standardisée, rapidement, dans le monde entier. C’est la promesse du cloud et ça marche très bien. La souveraineté, c’est l’inverse, c’est à dire qu’on a une maîtrise complète et verticale de la chose, donc on sait où sont les datacenters, on connait les technologies utilisées, où et qui sont les équipes qui opèrent tout ça et la quatrième couche, c’est le niveau de sécurité, de conformité que je mets autour de tout ça. Donc, en termes de bonnes pratiques pour les entreprises, je pense qu’elles doivent aller chercher un partenaire, un prestataire, un opérateur qui coche toutes les cases de garanties officielles, de certifications, de qualifications. Et aujourd’hui, l’immense majorité de nos clients parle d’emblée de ces clauses de réversibilité.

Didier Girard : « pour moi, le cloud souverain est quelque chose de nécessaire et le club de confiance et indispensable pour y arriver ».  Durant cette pandémie, on s’est aperçu qu’avec le numérique, finalement, l’économie a continué à avancer, les relations sociales ont continué à avancer. Et c’est aussi là qu’on s’est aperçu qu’il y avait de la part de la France et de l’Europe une vraie dépendance à des puissances étrangères. Pour l’instant, on est dans un monde qui est pacifique mais à un moment donné, on peut être dans un monde un peu plus agressif. Et e cas de conflit, qu’est ce qui se passe ? Dans ce cadre là, c’est important de redéfinir le cloud . Le Cloud, c’est la puissance de calcul, la puissance de stockage et la puissance de communication. Et quand on parle de souveraineté, pour moi, il faut que la France et l’Europe essayent d’arriver sur ces axes là à devenir indépendantes. Actuellement, si on veut mettre en place des solutions sur des infrastructures souveraines, c’est possible. Ce qui est plutôt gênant actuellement, c’est la mise à l’échelle. Ce qui est disponible actuellement permet de régler un certain nombre de problématiques, mais qui sont de faible envergure. Et dès qu’on attaque des très gros sujets, on doit quasi obligatoirement se retourner vers des infrastructure de type hyperscaler, avec Microsoft, Google et Amazon. Ce que j’aimerais à terme, c’est qu’on puisse au moins déjà proposer ce niveau de service sur le territoire français et européen. Et c’est en cela que je trouve que la notion de cloud de confiance va permettre justement à ces acteurs de s’installer.

Franck Chabert

Franck est directeur de la communication corporate du groupe Freelance.com.