Le future of work avec Laetitia Vitaud

Publié le Tuesday, October 12, 2021 et réalisé par Julie Huguet

Interview Laetitia Vitaud, auteure et conférencière sur le future of work, par Julie Huguet

Video thumbnail

Julie Huguet : Tu as toi même fait le choix de changer ta manière de travailler. Qu’est ce qui s’est passé dans ta vie pour que tu décides ce changement ?

Laetitia Vitaud : Mon problème, c’est que je n’aimais pas le travail. En fait, c’était soit aliénant, soit ennuyeux. Et je me suis rendue compte que je n’aimais pas du tout être managée, notamment parce que dans les postes que j’ai eus en entreprise, il y avait une culture du présentéisme. Je ne me sentais pas du tout capable d’être efficace, d’être autonome, d’être libre d’organiser mon temps, ma journée, mes priorités. Donc, je pense que c’est vraiment parti d’un ras-le-bol stressant. J’ai aussi travaillé dans une boite de la tech à Londres et ce n’est pas très différent de la France. II y avait des femmes, quelques-unes. Il y avait des hommes qui avaient des enfants, mais il n’y avait pas de femmes qui avaient des enfants et ça disait beaucoup de choses sur l’organisation du travail caractéristique de cette boîte. Je pense d’ailleurs que c’est un bon indicateur de changement dans une boîte. Est ce qu’il y a des mères dans votre équipe ? Si on n’en a pas, c’est probablement qu’il y a un management toxique ou un présentéisme abusif ou des critères qui sont définis de telle manière que cela va exclure une partie des actifs de pouvoir travailler en toute autonomie, etc. En tant que mère, on a besoin d’être ultra efficaceset de faire l’économie de tout ce gaspillage qui consiste à se montrer au bureau. Je ne faisais pas le zoom à 22 heures avec l’équipe de Tel-Aviv parce que, en j’avais besoin de parler avec mes enfants, etc. Et les voyages, tout le temps, ça me soûlait. Donc, je suis parti. J’ai créé ma propre entreprise, j’ai été freelance parce que c’est un des modèles qui s’impose pour pouvoir reprendre l’écriture…

Julie Huguet : Parle nous un peu de ton dernier livre « Du labeur à l’ouvrage », et du changement de paradigme qui caractérise le future of work

Laetitia Vitaud : J’ai mis ensemble toutes les idées que j’avais développées ces dernières années. Ma thèse est que le futur du travail, c’est un changement de paradigme. On a hérité d’un rapport au travail qui vient peu ou prou de l’ère industrielle dans laquelle on avait un « package » : en échange d’une aliénation qui prenait la forme d’un travail ennuyeux ou éventuellement répétitif, et la subordination par le lien de subordination salarial, on avait beaucoup de contrepartie comme la sécurité de l’emploi, la protection sociale, les congés payés, la retraite très généreuse… On avait des syndicats qui étaient puissants, qui se battaient pour vous pour gagner toujours plus, pour avoir de meilleures conditions de travail. C’était bon pour l’entreprise, mais c’était aussi bon pour l’économie.

Aujourd’hui, ce « package » se désagrège, et c’est cela, le changement de paradigme. Depuis une quarantaine d’années, il y a eu la mondialisation, la financiarisation de l’économie qui s’est faite petit à petit. On a arrêté d’offrir un emploi à vie. La loyauté côté employeur a commencé à se désagréger. On a eu évidemment la révolution numérique. Du coup, beaucoup de gens ont toujours cette aliénation au travail, mais n’ont plus les contreparties. On a même des indépendants, mais qui ne sont pas vraiment indépendants dans leur quotidien parce qu’ils sont très dépendants d’un donneur d’ordre. Et puis, de l’autre côté, on a aussi des gens qui réinventent le salariat autour de plus d’autonomie, loin de cette aliénation qui caractérisait l’emploi industriel. Et il y a beaucoup plus de gens qui cherchent à retourner vers ces valeurs que j’appelle les valeurs de l’ouvrage, de l’artisanat. Plus d’autonomie, plus de responsabilité, plus de créativité. Parmi les freelances, il y a beaucoup de gens qui s’identifient avec ces valeurs de l’artisanat et qui peuvent réinventer leur emploi autour de ça.

Julie Huguet : Quel enseignement tires-tu de ces deux dernières années ? Qu’est ce qui a vraiment bougé dans l’organisation du travail ?

Laetitia Vitaud : Le miracle qui s’est produit pendant la pandémie, c’est quand même que beaucoup d’entreprises, après quelques semaines très dures et pas mal de burn-out, ont réussi à surmonter des problèmes d’organisation qu’on pensait insurmontables. Cela a été d’abord des problèmes techniques, comme la sécurité des outils. Puis cela a été les problèmes culturels. Et voilà qu’on s’est rendu compte que les gens les plus utiles n’étaient pas forcément ceux qui étaient les plus visibles au bureau. C’est ça, l’espèce de retournement de pouvoir, la fin du jeu politique qui se joue au bureau. Quand on s’est resserré sur la réalité du travail des objectifs et de la performance, on s’est rend compte que ce n’était pas forcément les mêmes qui faisaient le job et ceux étaient importants. Ou même qui savaient animer une équipe à distance. Et donc, ça a ouvert des possibilités et des opportunités à d’autres profils, à d’autres personnes. Et je suis convaincu que c’est un levier de diversité, de mixité et de partage du pouvoir qui est considérable.

Retrouvez Laetitia Vitaud sur LinkedIn.

Julie Huguet

Julie Huguet est entrepreneure et présidente d’une capitale French Tech. Passionnée de tous les sujets liés à la transformation, l’innovation ou plus généralement à la tech.

je recherche un talent
  • Mission
    1
  • Informations complémentaires
    2
  • Coordonnées
    3
Exemple : consultant SAP, Développeur Front-End, Graphiste...